L’Homme Zodiacal – L’anatomie et l’astrologie

Jean duc de Berry est le frère du roi Charles V, le roi astrologue.
Il règne sur les duchés de Poitou, de Berry et d’Auvergne à la fin du XIVème siècle. Grand amateur d’arts il est à l’origine de plusieurs châteaux en son duché, de grandes collections d’orfèvrerie, de bijoux et de pierres précieuses ainsi que de manuscrits richement enluminés dont celui qui nous intéresse ici : Les très riches heures du duc Berry.
Les livres d’heures étaient des livres de prières destinés à l’usage privé des laïcs.
Voici l’illustration que nous allons rapidement décortiquer pour comprendre comment les humains du XVème siècle se placent dans l’univers !

L’Homme Anatomique, issu des Très riches heures du duc de Berry, 1411-1416. (Ms. 65, f. 14v)
Description
L’Homme anatomique est une grande miniature en page complète représentant un homme nu. Cet homme est recouvert, de manière alignée et de la tête au pied, de signes zodiacaux. Le premier est le bélier, signe du zodiac qui débute l’année et le printemps. Il est posé sur la tête, le dernier, aux pieds est le poisson, la fin de l’année. Entre la tête et les pieds suivent les signes astrologiques de manière ordonnée comme nous les connaissons.
Derrière lui, se trouve un autre homme qui lui tourne le dos, il est de même carrure et porte la même coiffure. Cet homme, ou ces hommes, sont au centre d’une mandorle, une forme en amande. Autour d’eux et à l’intérieur de cette mandorle figurent des nuages qui suggèrent un mouvement circulaire de bas en haut. Chaque signe astrologique sur le corps de l’homme est représenté par son animal correspondant et de couleur différente.
Autour de cette mandorle figurent de nouveau les signes du zodiaque. Entre chaque petite amande est un phylactère sur lequel est inscrit le nom, en latin, du signe qui est à côté. L’homme parait être dans un cadre en forme d’amande incrusté des signes du zodiaque.
Aux quatre angles du feuillet sont inscrites, en latin, des références aux signes et à leur signification. Enfin, entre ces inscriptions et le cadre, en haut, figurent les armes du duc de Berry, en bas, les lettres entrelacées V et E.
Cette enluminure-schéma place le corps humain dans son contexte astrologique et médical. C’est une production particulièrement intéressante et unique, toutefois ce schéma est très courant tout au long de l’époque médiévale.
L’astrologie une science médicale
Le duc et son royal frère partageaient une passion commune, la science naturaliste et surtout l’astrologie.
La théorie des humeurs
La médecine médiévale, comme la médecine traditionnelle chinoise toujours utilisée aujourd’hui admettent la théorie des humeurs. Cela veut dire que toutes créations de Dieu répond à ces « humeurs ». On les retrouves ici dans chaque coin de la page présentant les signes et leurs propriétés selon:
- leur complexion: froid, chaud, sec ou humide
- les quatre tempéraments: colérique, sanguin, mélancolique, flegmatique
- les quatre points cardinaux.
On peut donc lire en latin, en haut à gauche en encre bleue, « Bélier, Lion, Sagittaire sont chauds et secs, colériques, masculins, orientaux. », en haut à droite en encre rouge «Taureau, Vierge, Capricorne sont froids et secs, mélancoliques, féminins, occidentaux. », en bas à gauche en encre rouge « Gémeaux, Verseau, et Balance sont chauds et humides, masculins, sanguins, méridionaux. », enfin en bas à gauche de couleur bleue est inscrit «Cancer, Scorpion, Poisson sont froids et humides, flegmatiques, féminins, septentrionaux.» Selon la théorie des humeurs des médecins, souvent intéressés par l’astrologie, chaque signe représente donc un trait de caractère et une humeur qui constitue le corps de la personne à qui il correspond.
Les signes astrologiques sont aussi liés à des lieux, « Gémeaux […] méridionaux. »
« En orient sont les signes de feu, au midi, les signes de la terre, en occident, ceux de l’air et en enfin ceux de l’eau au septentrion. »
Dans cette représentation, la figure humaine est au centre et tout parait tourner autour d’elle. On voit d’ailleurs, tout en bas de la mandorle à l’intérieur, que les mois de l’année sont inscrits. Ils correspondent aux signes qui leur font face. Ainsi le mois de septembre est en bas, dans la pointe sud de la mandorle, entre les signes de la Vierge à gauche et de la Balance à droite, le mois de mars, qui est opposé à septembre dans l’année, est à l’extrémité Nord de la mandorle, entre les signes du Poisson à droite et du Bélier à gauche. Et ainsi de suite pour chaque signe et chaque mois de l’année. Entre ces mois et ces signes figure une graduation divisée en trois parties, allant de dix en dix. Il s’agit des décans.
En astrologie les signes sont divisés en trois parties et influent de manière différente selon le décan.
Sur l’amande extérieure est une autre graduation divisée en six allant de de cinq en cinq jusqu’à trente. Cette graduation représente les degrés des signes par rapport aux planètes.
On comprend bien ici la notion de schéma encyclopédique de cette enluminure. On comprend que l’être humain est perçu comme au centre d’un tout universel formé par le ciel, composé des signes astrologiques et des planètes qui sont donc en lien avec le temps, les saisons, les mois et le corps humain.
Il s’agit d’une vision naturaliste et astrologique du corps humain qui fait réellement parti d’un ensemble cosmique.
De plus la représentation circulaire des signes suggère non seulement un mouvement mais aussi le cycle d’une année, ainsi le Bélier est à l’opposé de la Balance, tous deux signes de période d’équinoxe et il en va de même, par exemple des signes du cancer et du sagittaire, signes des solstices.
Il s’agit ici vraiment d’un travail raffiné, d’une enluminure qui illustre clairement le style gothique en vogue au XVème siècle. Les nuages sont aussi une caractéristique intéressante de ce document en ce qu’ils suggèrent un mouvement de rotation autour de la figure humaine.
Ce schéma montre bien comment l’être humain du XVème siècle (et des siècles précédents) se considère: faisant parti d’un tout cosmique et influencé par ce tout cosmique auquel chaque création divine est relié.
Sources:
- Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance : Astrologie, divination et magie dans l’Occident médiéval (XIIe-XVe siècle), Paris, 2006.
- Bernard Ribémont, Le livre des propriétés des choses, une encyclopédie du XIVème siècle, éd. Stock, Paris, 1999. Traduction de De proprietatibus rerum de Barthélémi l’anglais (12..-1272) par Jean Corbechon en 1372.
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