Charles V roi bibliophile et astrologue

Science et Croyance au Moyen Age

Charles V roi bibliophile et astrologue

La Librairie Royale du Louvre a été constituée par le roi Charles V dit « le sage » au XIVème siècle. Soucieux de gouverner au mieux, cette première bibliothèque publique est aussi celle qui possède le plus grand nombre de livres de sciences. L’astrologie, passion du roi, en est l’une des plus représentées.

Charles V le Sage (1338 – 1380)

Avant d’être roi, Charles V prend le pouvoir en tant que régent pendant huit ans alors que son père, Jean II dit le Bon est prisonnier des Anglais à Poitiers. En 1356, le futur roi de France n’a que 18 ans et doit déjà affronter plusieurs situations conflictuelles comme le soulèvement de Paris par la Jacquerie, la pression des anglais, le complot avec son cousin Charles le Mauvais et les lendemains de la grande épidémie de peste de 1348-1350; ce qui lui vaut un apprentissage immédiat de la politique. Couronné en 1364 il est encensé comme fin stratège favorisant le rôle d’avocat à celui de chevalier1. Françoise Autrand parle d’un roi dont la santé est précaire, blessé au bras droit et empêché de combattre et de tenir son rôle de roi-chevalier2.

Cependant le roi n’est pas si faible car l’on sait qu’il monte à cheval, navigue et voyage beaucoup. Mais ce côté affaibli est souvent mis en emphase pour excuser son manque de chevalerie et mettre en valeur sa sagesse. Charles V a ainsi côtoyé beaucoup de médecins, d’où, peut-être son intérêt pour les sciences en général. L’intérêt pour les sciences est aussi surement lié au fait qu’elles guident un bon gouvernement selon le roi qui est à la recherche d’une sagesse spirituelle ; on lui attribue quatre vertus de la sagesse : justice, tempérance, prudence, courage. Ces vertus sont à l’origine, définies par les philosophes grecs, puis sont devenues celles de la théologie chrétienne. De ce fait, le « sage » roi doit être connaisseur des sept arts libéraux, de la théologie, de la métaphysique et des sciences morales dont celles d’Aristote présentes dans Ethiques, Economiques et Politiques.

Jean de Vaudetar présente sa Bible au Roi Charles V

Grâce à un recul du monopole de l’Eglise sur le savoir, la connaissance s’ouvre à un public plus large et permet aux auteurs d’écrire des textes didactiques s’adressant au roi ou aux puissants, que l’on nomme « les miroirs des princes », un genre littéraire illustré par le Songe du Vergier, ouvrage phare du XIVème siècle qui guide la conduite que le roi doit avoir ; il s’avère que cet ouvrage conseil au roi de posséder une bibliothèque : « Est beau trésor à roi d’avoir grand multitude de livres »3.

Et en effet, même si Charles V reprend une initiative de son père à l’origine de plusieurs traductions, il renforce cette tradition par une politique de promotion de la langue française, de légitimation de celle-ci et de diffusion du savoir4. C’est bel et bien par le biais d’une bibliothèque crée à son initiative, qu’une partie de cette diffusion se fait.

La politique de traduction, elle, est lancée déjà avant son règne officiel avec la commande des textes en français d’Aristote mais surtout de textes scientifiques et particulièrement ceux d’astrologie. Le roi a toujours été féru d’astrologie.

Charles V, s’intéresse et fait traduire de nombreux ouvrages scientifiques et astrologiques présents dans la librairie royale du Louvre mise à la disposition de son entourage en tant que lieu public.

La bibliothèque du Louvre

La librairie royale du Louvre voit le jour dans les années 1367-13685à l’initiative de Charles V. Jusqu’en 1367 les livres étaient conservés au Palais de la cité, mais l’aménagement du Louvre fut l’occasion de travaux dans la tour de la Fauconnerie, aux trois derniers étages.

En 1380 sont comptés 917 volumes dans cette bibliothèque. Ajoutés aux autres volumes conservés dans les multiples lieux d’habitation du roi, Melun, Saint Germain-en-Laye et surtout à Vincennes on évalue à plus de 1000 le nombre de manuscrits appartenant au roi.

Le Louvre est la plus grande bibliothèque de l’époque après la bibliothèque pontificale et celle de la Sorbonne, qui, en 1338 compte environ 1800 volumes6.

Malheureusement la bibliothèque s’appauvrit sous Charles VI qui y fait moins attention, et après sa mort la bibliothèque est rachetée par le Duc de Bedford, régent du royaume en 14247.

Grand bibliophile, ce duc a sûrement conservé la bibliothèque dans son intégralité, dans la mesure du possible. Il a cependant envoyé plusieurs ouvrages en Angleterre et à Rouen. C’est finalement à sa mort en 1435 que les manuscrits ont dû être largement éparpillés de manière que l’on en compte uniquement une centaine aujourd’hui disséminés dans plusieurs bibliothèques européennes.

La première bibliothèque publique

Par la création de sa librairie il y a l’idée d’une culture nécessaire au gouvernement politique. Le roi est à la recherche d’un gouvernement éclairé et universitaire. Il veut mettre en valeur la culture et l’idée que celle-ci est nécessaire au gouvernement politique. On peut donc aisément lier cette volonté du roi à celle d’ouvrir la librairie à la cour en général.

Les rois ont toujours collectionné les livres, mais Charles V a considérablement augmenté la collection royale. Le désire de perpétuer cette bibliothèque afin de l’enrichir avec le temps fait penser à une première ébauche de la bibliothèque royale à l’époque classique puis de la Bibliothèque Nationale Française.

La librairie est ouverte à l’entourage royal, intellectuel et politique.

Une politique de traduction pour diffuser plus de connaissances

La bibliothèque s’étale sur 3 étages, le 3ème étant consacré aux livres de sciences, astrologie et astronomie. Ces livres de sciences sont parmi les premiers à faire partie de la bibliothèque mais surtout, à avoir été traduits du latin vers le français, dès avant le règne du sage roi.

Paris Bibliothèque nationale de France MSS Français 24287 – 1372

Ce soucis de traduction du latin vers le français est ce lui d’installer durablement la langue française comme langue officielle. La bibliothèque de Charles V est la première bibliothèque de cette importance en matière de livres en langue vernaculaire. Malheureusement après sa mort en 1380, cette promotion de la langue française n’a pas été prolongée.

De moins en moins de traductions ont été réalisées. Les premiers humanistes français redécouvrent les écrits antiques et le latin qu’ils se soucient d’améliorer. C’est seulement 150 ans après, en 1539, que le projet de Charles V est reprit avec la loi de Villers-Cotterêts mise en place par François 1er.

Les livres de sciences

Dans la bibliothèque de Charles V les livres de sciences sont les plus traduits. Notamment les livres d’astrologie, dont le premier a été traduit dès 1359. Il s’agit des livres de Zahel, Introductorium ad astrlogiam et Messehallach puis en 1362-1363 le Quadripartite de Ptolémée et en 1372 le De proprietatibus rerum, traduit par Jean Corbechon.

20% de l’ensemble du fond sont des livres concernant les sciences des étoiles: astrologie et astronomie.

Les livres de divination et autres sciences: la géomancie, représentée par vingt-trois manuscrits, la chiromancie avec quatre livres, les livres de sorts au nombre de quatre aussi puis ceux d’oniromancie, quatre, et de magie rituelle, au moins cinq. Finalement l’ensemble formé par l’astrologie, la divination et la magie dépasse les 110 volumes !

La collection du roi comptait aussi à peu près soixante ouvrages de médecine et chirurgie.

On sait aujourd’hui que le roi Charles V a fait faire son étude astrale personnelle ainsi qu’à ses enfants, montrant par là son intérêt pour l’astrologie dans sa vie privée. Il a aussi crée la fonction d' »astrologien » du roi qui perdurera durant plusieurs générations royales. Aujourd’hui encore au XXIème siècle, certains présidents font régulièrement appel à des médiums et astrologues.

Cette aide apporte réconfort et guidance personnelle et professionnelle surtout en ce qui concerne la fonction de Roi qui incombe à Charles V. Mais n’oublions pas qu’au XIVème siècle l’astrologie est une branche de l’astronomie et est une science officielle.

Il est aussi largement admis par les historiens que l’intérêt du roi pour l’astrologie était dû à ce qu’elle l’aidait à comprendre l’univers dans lequel il progressait et surtout sur lequel il devait régner.


Notes:

1 AVRIL F., LAFAURIE J., THOMAS M., La Librairie de Charles V. Précédé de L’Enluminure parisienne à l’époque de Charles V : exposition à la bibliothèque nationale, Paris, 1968.

2 AUTRAND F., Charles V, Paris, 1994.

3 AUTRAND F., Charles V, Paris, 1994. (p. 175)

4 ibidem

5 AVRIL F., LAFAURIE J., THOMAS M., La Librairie de Charles V. Précédé de L’Enluminure parisienne à l’époque de Charles V : exposition à la bibliothèque nationale, Paris, 1968.

6 TESNIERE M-H., « Livres et pouvoir royal au XIVème siècle : la librairie du Louvre. », in, Corvin M., Les Bibliothèques princières et la genèse de l’état moderne, Budapest, 2009.

7 TESNIERE M-H., « Livres et pouvoir royal au XIVème siècle : la librairie du Louvre. », in, Corvin M., Les Bibliothèques princières et la genèse de l’état moderne, Budapest, 2009.


Sources

  • AUTRAND F., Charles V, Paris, 1994.
  • AVRIL F., LAFAURIE J., THOMAS M., La Librairie de Charles V. Précédé de L’Enluminure parisienne à l’époque de Charles V : exposition à la bibliothèque nationale, Paris, 1968.
  • BEAUNE C., Le Miroir du Pouvoir. Les manuscrits des rois de France au Moyen Âge, Paris, 1997.
  • DEVAUX J., « Introduction. Littérature et politique sous les premiers Valois. », Le Moyen-Age, Tome CXVI, 2010.
  • DELISLE L., Recherche sur la librairie de Charles V, Paris, 1907.
  • POULLE E., « Horoscope princiers des XIVème et XVème siècles », Astronomie planétaire au Moyen-Age, Aldershot, 1996.
  • TESNIERE M-H., « Livres et pouvoir royal au XIVème siècle : la librairie du Louvre. », in, Corvin M., Les Bibliothèques princières et la genèse de l’état moderne, Budapest, 2009.
  • – « Les « deux livres du roi » Charles V », In: Une histoire pour un royaume, XIIe-XVe siècle, Acte du colloque Corpus regni organisé en hommage à Colette Beaune, Allirot A-H., Gaude-Ferragu M., Lecuppre G., Lequain E., Scordia L., Véronèse J., Paris, 2010.

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